Le rétro game, les jeux étaient mieux avant ? Part1 : Musique de shoot old school à la tv, le choc des notes

Pour une fois, pas de news, de test, de croisade pour Dragon Quest X sur Wii tout court, mais un petit billet d’humeur, de tranche de vie (sans intérêt me dira-t-on) inspiré par une soirée et un événement improbable qui m’ont amenés quelques envies de remettre en avant certains jeux rétro, et quelques avis.

Pour parfaire ce préambule sur le rétro et revenir sur la question abordée par mon collègue Moriarty, je dois me situer dans les catégories qu’il identifie plutôt comme archéologue / historien doublé du monomaniaque vu que j’ai des genres de prédilection comme les shooting game bien old school. Je ne suis pas certain d’abonder avec le postulat de nostalgie, de madeleine de Proust quand je ressors ces vieux jeux, mais cela reste à débattre. Là le sujet sera principalement autour d’entrées sur des consoles Sega pour une bête question de branchement, je ferai du Nintendo un autre jour, et il y a matière tout autant. Master System, Game Gear ou Megadrive, je pense que cela peut être aisément qualifié de retro gaming.

Day one, facteur stress déclenchant

Le déclic à cette humeur fut cette découverte télévisuelle lors d’un de mes repas toujours aussi peu équilibré (manger 5 gras et sucres par jours, arrosés si possible mais avec modération, si en plus il y a un bon cigare cubain à la fin…) : cette macabre découverte, cette exhumation devrais-je dire, c’était cette utilisation d’un bout de musique par le petit journal sur Canal+ ce 18 avril 2013, pour illustrer le générique du « courrier de leur compte teutteur » (où on voit de sale parodies de geeks nerdifiants) à 11mn45 pour les curieux, et aussi à la fin de cette séquence.

Ces 4 secondes environ ont fait mouche dans mon cerveau pourtant souvent imbibé et qui devrait évidemment souffrir de dommages irréversibles ; oui, sombre révélation soit j’ai bonne mémoire, soit je suis une de ces sales caricatures de geeks portraiturés sans grand talent dans cette émission… Quoi que je suis loin d’être arbitre des élégances en matière de show TV vu que je ne pas suis un de leurs téléspectateurs, c’était peut être brillant et drôle… un zapping fortuit ne me permet pas de juger pleinement.

Bref, la courte arme du crime c’était un sample du stage 1 de Gaiares, shooting de Telenet sur la Megadrive de Sega, sorti en 1990, au japon et aux states. Pas en Europe si mes souvenirs sont bons (comme la quasi totalité des jeux de la firme d’ailleurs).

Gaiares Megadrive

Gaiares Megadrive – Original © Telenet Japan / Renovation Game

J’ai ressorti le jeu histoire de vérifier même si tous ces éléments m’ont sautés au cerveau avec pas mal d’incrédulité, et j’ai aussi vérifié avec le replay de la séquence.

C’était bien ça, on a même droit au bruitage du tir sur le sample petit journal, même pas un rip propre du sound test, pas que cela me gêne, hommage ou moquerie, ce n’est pas le sujet. Ni même de savoir si la propriété intellectuelle de la firme Telenet Japan / Renovation Game (etc…) a été honorée, respectée, vu que la regrettée firme est décédée depuis pas mal de temps.

Cela me permet pour ma part de citer le minimum des crédits que cette émission de divertissement a oublié, d’y ajouter un petit éloge funèbre afin de saluer la firme qui a vu naître entre autres Mugen Senshi Valis sur PC-88 et MSX, créée à l’origine par une de ces sous-division trop mésestimée par l’historiographie vidéo-ludique, Wolf-Team, celle où ce sont épanouis des talents comme le musicien Motoi Sakuraba qui sévit encore aujourd’hui sur le magnifique Dark Souls par exemple, ou le designer Kazutoshi Yamane d’El viento, Arcus 2,3 et Odyssey, aussi dessinateur de manga…

El Viento Megadrive

El Viento Megadrive – Original © Wolf Team, illustration Kazutoshi  Yamane

Mugen Senshi Valis MSX

Mugen Senshi Valis MSX – Original © Telenet Japan / Wolf Team

Stage one, retour au sujet : le vintage en question, la musique des jeux vidéos

Mais je m’éloigne avec ces considérations, cependant, il faut bien admettre que ces réminiscences fugaces déverrouillent l’évocation paternelle latente d’encore moult productions actuelles ou incontournables du monde du jeu vidéo.

Parenthèse archéologique mise à part, le jeu « cité » musicalement était un shoot horizontal un peu trop classique « die an retry » , un peu daté, mais sympa quand même, bonne intro, un système de leech d’ennemis pour en faire son module, et une accroche de thème de stage 1 bien catchy, comme beaucoup de premier stage de ce genre de jeu.

Gaiares Megadrive

Gaiares Megadrive – Original © Telenet Japan / Renovation Game

C’est un peu la vitrine d’un shoot son premier stage, et le plus pratiqué dans la logique de l’ordre des niveaux (tout joueur atteint plus ce niveau que le boss de fin^^), donc il ne faut pas se louper : un petit produit pas au top de l’originalité ou de la forme comme Vapor Trail de Data East envoie un thème accrocheur qui sauve le produit et permet de le mémoriser un poil. Même si cela ne doit pas parler à grand monde, cette bgm a connu une certaine pérennité, même jouée sur cd ou en live par les musiciens de la boîte pour témoigner de son potentiel.

Kuhga : Operation Code Vapor Trail

Kuhga : Operation Code Vapor Trail – © Data East / Telenet Japan

Le shooting game est bien désuet comme type de jeu aujourd’hui, mais même avant d’être moribond ou comateux à base de danmaku manics dématérialisés à outrance sur X-box 360, on pouvait noter déjà dans le passé une inflexion de cette tradition. A l’époque un insipide Einhander sur Psx / Ps one (de Square) proposait un tout aussi insipide thème à son début. Même des jeux cultissimes comme Radiant Silvergun sur Saturn ou Ikaruga sur Dreamcast balançait de la compo pas si épique que ça, déclinable en variation sur le thème au long des stages, un des échecs patents à mon avis d’Hitoshi Sakimoto sur Radiant, compositeur qui peut largement faire mieux (cf Odin Sphere sur PS2 entre autres).

Je sais que ce que j’ai osé proférer plus haut va être considéré comme sacrilège par les adorateurs et l’histoire écrite, mais je pense que ces deux très bons jeux sont quand même sur-cotés dans leur catégorie, et cela nécessiterait un article complet pour expliquer mon point de vue, ce n’est pas la question principale qui nous anime ici

Ces exemples, pas si récents, sont là pour illustrer une sorte de tendance au déclin dans l’accroche musicale des jeux modernes, peut être pas généralisée mais palpable dans ce genre de titres. Qui aurait reconnu un extrait du dernier God of War, ou de Castlevania L.o.S.(e) si le petit journal les avait rippé ? Pas moi devant tant de fadeur.

Castlevania est un symptomatique exemple, surtout avec celui honteusement réalisé par des gens d’un coin reculé de l’Europe comme dirait Capcom, je ne vous raconte pas d’ailleurs tout le bien que je pense de la récente version 3DS, blasphématoire, impie et grouillante.

Cette franchise a toujours eu un thème fort, surtout de stage 1, Vampire Killer, Beginning, Bloody Tears le Simon’s Theme bon dieu, et sur l’opus PS3 / X-box 360, on nous gratifie d’un infâme ramassis pompeux orchestré certes, mais dispensable pour illustrer les premiers pas dans l’action (et tout du long aussi), comme tous ces jeux d’action qui même quand ils sont bons n’ont pas de quoi vous marquer une ouïe. Je kiffe Vanquish et Platinum Games, mais qui saura me ressortir l’air du premier stage de ce jeu ou du récent Metal Gear Solid Rising retruc-chose?

Le jeu ne déroge pas à la règle valable au cinéma, une bonne bande son, ça aide à marquer, à passer dans l’histoire, et dans des jeux où l’action prime, il faudrait que ça balance comme dans ces années là, Castlevania pour Portait of Ruin s’était payé le luxe d’avoir du Yuzo Koshiro, donnant du son qui bouge même en soundchip, à ce magnifique opus sur Nintendo DS, comme au bon vieux temps et c’était une panacée comparée à ses homologues DS de l’époque plutôt plats musicalement (Dawn of Sorrow et Order of Ecclesia).

Castlevania Portrait of Ruin DS

Castlevania Portrait of Ruin DS – © Konami

Cette même funèbre soirée de geekitude qui m’a vu ressortir mes jeux Megadrive, m’a aussi poussé vers Battle Mania 2 ou Daiginjou de Vic Tokai, un bon shoot horizontal qui pourrait être le pendant fun et décalé d’un Forgotten Worlds avec une dirty pair d’héroïnes cool. Et ça balance, c’est en FM certes, mais c’est de la compo de metal, qui envoie du rythme, pour coller à l’action, du riff accrocheur sans être de génie, et ça marche.
Même un Zero Wing (MD) plus connu pour sa grammaire anglaise et ses « All your base are belong to us » a une 1st stage BGM sympathique.

Zero Wing

Zero Wing Megadrive – © Toaplan

Tous ces événements m’ont aiguillé d’ailleurs sur la recherche d’un petit album amateur (en rupture, et plus ou moins dispo en streaming sur le net) de Toshinori Hiramatsu, zicos qui bosse pour le jeu vidéo et qui a aussi fait du « dojin CD » (amateur et introuvable), dont cet Elegy of the Battle (2003) que je vous introduit ici.

Elegy of the Battle

Elegy of the Battle – © Toshinori Hiramatsu and Sword of Justice, © illustration Hiviki

Pourquoi donc ? Parce que beaucoup des titres sont ici des stage 1 BGM remixés à la guitare, Override sur Nec, Valis 1 bien sûr (deux fois), Musha Aleste de la MD, et ça fait bouger ce petit metal néo classicisant instru, rendant fidèle hommage à ces tracks d’origine, survoltées et collant à l’action.

Imaginons un peu ce genre de compil actualisée, à base d’hommages à la bande son des premiers stages de Call of Duty (C.o.D.), Battlefield, Tomb Raider, Gear of War… Bizarrement, je n’arrive pas à l’imaginer, ou à en ressentir le besoin musical.

Pour finir sur la promo du sieur japonais qui aime se faire à la gratte de vieux bons jeux, il a aussi pondu une ré-orchestration de Devil Crash, un satané flipper (de Compile sur Nec PC-Engine, adapté plus tard sur MD par Tecnosoft, et sequel spirituelle d’Alien Crush), qui a un seul main thème pour sa table principale. Mais quel thème ! une boucle longue pleine de rebondissements sonores, catchy et rock qui ambiance plus que les fadasses compos formatées de nos grosses licences.

Trop d’inspiration de mélasses hollywoodiennes ? De goût pour l’easy listening de radio pop acculturée fadasse ?
Pour se faire donner grave par une track de flipper, un des types de jeu les plus cons du monde, il faut vraiment que les goûts et les couleurs soient tombés bien bas.

Devil Crash PC-Engine

Devil Crash PC-Engine – Jeu programmé par Compile, édité par © Naxat Soft / Red

Même en oubliant le jugement artistique ou stylistique qui sont subjectifs, c’est le manque d’illustration que je reproche, cette relative inadéquation à l’action, cette interchangeabilité, ce manque de souffle, et de thèmes, pour du passe-partout ambiant même sur-léché qui pourrait tout aussi bien rythmer un jeu de mah jong que le dernier blockbuster action.

Au même titre, le RPG doit à mon avis souffrir parfois de ces affres, ayant redécouvert ce soir là le Shining Force Gaiden Final Conflict Gaiden (enfin) traduit par des amateurs en émulation, il y a tout de suite le thème Shining Force qui ressort et vous ré-emmène sur le champ de bataille la fleur au fusil. Pas sûr que Final Fantasy XIII turbo X-2 chronicles et consorts arrivent à identifier le jeu aussi bien même avec les énièmes resucées du thème des cristaux des F.F. d’origine.

De plus, Final Fantasy étant un des phare du J-RPG sur le marché mondial, il est étonnant de voir la mansuétude dont la franchise bénéficie depuis le 7ème opus, notamment si on se réfère à sa teneur musicale. La qualité des orchestration s’élevant aussi vite que les compositions s’essoufflent, et encore, la programmation des opus de la première Playstation fait pâle figue par rapport à une Super Nintendo, si on se remémore les couinements infâmes et éraillés émis par le soundchip de cette machine ainsi que le peu de talent du programmateur son de l’époque, remplaçant  incompétent et indigne de Minoru Akao de F.F. 6 sur Super Famicom (pour lui rendre justice).

Shining Force Gaiden : Final Conflict GG - ©

Jaquette Shining Force Gaiden : Final Conflict GG – © Sega / Sonic

A huge enemy approaches… For great justice !

Loin d’être une fatalité, c’est plus la tendance à la baisse, comme diraient les économistes, qui me semble déplorable. Il y a bien sûr des chef-d’œuvres de bande son de nos jours, mais le produit d’appel, le blockbuster, le petit jeu sympa pas cher, ou le jeu de niche comme le shoot, proposent parfois des standards souffrant des symptômes décrits plus haut, les coupant d’un potentiel attrait de plus auprès du public. Si un C.o.D. proposait une vraie bande son qui déchire et qui marque, susceptible d’être écoutable à part, hors jeu, fredonnable, comme la véritable musique, on aura déjà trouvé une raison de sauver cette franchise.

(la suite de cet épisode rétro, du shoot, de l’action…

La PC-Engine a 25 ans !

Le 30 octobre 2012, la console PC-Engine de Nec fêtera ses 25 ans, pour l’occasion les éditions Pix’n Love sortiront un joli coffret collector réunissant la Bible PC-Engine Volume 1 : Les HuCards, et la Bible PC-Engine Volume 2 : Les CD-Roms.

Si vous n’avez aucun de ces ouvrages, ou si vous êtes un collectionneurs, vous pouvez dès à présent le pré-commander sur le site de Pix’N Love !

Collector Bible PC Engine Vol1 - Vol.2

Le design de ce coffret reprend celui de l’Interface Unit, l’image est une illustration, le produit final ne doit pas encore être imprimé.

La PC Engine, une console mythique

Sortie en 1987 au Japon, ce n’est qu’en 1989 que j’ai vraiment pu tester la PC-Engine au même moment ou je découvrais la megadrive, les deux consoles avaient été importées du Japon par un ami de mon frère, j’avais alors seulement 10 ans.
Je l’ai revue ensuite plusieurs fois notamment en 1990, elle était accompagnée de l’interface unit et de quelques jeux tournant sur CD-ROM comme Cobra, Wonder Boy III : Monster Lair, Red Alert ou Final Zone 2, loin d’être incontournables ces titres m’ont pourtant marqué à l’époque, il faut dire que c’était la première fois que je voyais des jeux CD, et à cet age on est vite impressionné !

Si la Megadrive était techniquement supérieure, la PC-Engine avait ce petit truc en plus, surtout avec les jeux CD-ROM qui nous offraient des musiques exceptionnelles pour l’époque, et des introductions de jeu qui me rappelaient celles qu’on pouvait voir sur les jeux MSX. Le lien avec le MSX était d’autant plus fort que la puce sonore de la machine avait un rendu proche de la puce SCC que Konami mettait dans quelques-uns de ces jeux MSX, comme Gradius 2 ou Metal Gear 2 : Solid Snake.
Je me souviens à l’époque avoir enregistré sur cassette audio les musiques des jeux pour les écouter avec mon Walkman (ça fait plus de 20, il y a prescription non ?), j’avais même emporté les cassettes en classe de neige… Il faudra que je pense à raconter ça dans ma biographie…

La PC-Engine a fait parti comme la Neo Geo de ces consoles auxquelles je ne jouais que chez les autres, faute de moyens. En effet, j’ai longtemps attendu avant d’avoir ma propre console, d’abord j’ai eu une Core GraphX en 1992, puis en 1997 une Duo-R (merci Nephem).
C’est Sodipeng qui avait réussi à faire sortir la console en France, Nec visait le marché américain, et ne s’était pas trop intéressé à l’Europe.
Sodipeng n’avait pas les moyens financier nécessaires pour faire la promotion de sa console, et même si chez les joueurs avertis elle avait une belle réputation, elle n’a jamais vraiment eu le succès qu’elle méritait.
Aux USA, même si Nec a bien vendu sa console, elle n’a pas su rivaliser avec la Genesis (le nom de la Megadrive aux USA), je me suis souvent demandé si la Genesis aurait eu autant de succès, si la PC-Engine avait eu plus de publicité.
C’est pour cette raison que malgré beaucoup de sorties aux USA, la PC-Engine reste une console très japonaise.

La PC-Engine est pour beaucoup de joueurs une machine mythique, parce qu’on ne la voyait pas chez tout le monde, parce qu’elle a été la première à avoir un lecteur CD-ROM, et surtout grâce à sa ludothèque particulièrement riche, avec des titres comme PC Kid, Ninja Spirit, Devil’s Crush, Bomberman jouable à 5, les RPG Tengai Makyo, Castlevania : Rondo of blood, et un nombre de shoot’em up cultes comme Gunhed, Soldier Blade, Winds of Thunder, Spriggan… La liste est incroyablement longue pour une console que la plupart de mes camarades d’école ne connaissaient même pas !

Joyeux anniversaire chère PC-Engine !